La communauté des physiologistes et des néphrologues a appris avec tristesse le décès du Dr Lise Bankir, survenu le 3 mars 2026 à l’âge de 84 ans.
Directrice de recherche émérite INSERM au Centre de Recherche des Cordeliers à Paris, Lise Bankir a consacré l’essentiel de sa carrière à l’étude de la physiologie et de la physiopathologie rénales, avec une exigence intellectuelle et une rigueur scientifique qui ont durablement marqué ceux qui l’ont côtoyée.
Son œuvre scientifique a contribué à la compréhension des mécanismes de concentration des urines, en s’intéressant en particulier au rôle des transports intrarénaux de l’urée, à l’action rénale des prostaglandines et de la vasopressine. Elle a développé, sur ces questions complexes, une pensée physiologique originale, nourrie à la fois par l’étude fine de l’organisation vasculo-tubulaire rénale, par la comparaison des espèces et par des observations cliniques. Plusieurs de ses travaux, articles de revue et hypothèses sont devenus des références pour ceux qui s’intéressent à la physiologie tubulaire et aux mécanismes de l’homéostasie hydrique. Lise Bankir a joué un rôle majeur dans l’élargissement du regard porté sur la vasopressine, au-delà de son action antidiurétique et vasculaire classique. Par son approche intégrative et grâce à de nombreuses collaborations avec des cliniciens, elle a ouvert des perspectives nouvelles qui ont influencé la néphrologie expérimentale et translationnelle.
L’importance de ses contributions a été reconnue au plan international par l’attribution, en 2012, du prestigieux Robert W. Berliner Award de l’American Physiological Society. En France, ses travaux ont également été distingués par l’Académie nationale de médecine, qui lui a décerné en 2011 le prix Éloi Collery pour les travaux de son équipe portant sur le rôle de l’hormone antidiurétique dans le diabète, le syndrome métabolique et l’hypertension artérielle.
Au-delà des frontières de l’Hexagone, Lise Bankir a collaboré avec beaucoup de bienveillance et d’esprit critique avec les scientifiques d’autres pays francophones notamment avec Murielle Bochud et moi-même en Suisse et Daniel Bichet au Québec. Dans ce cadre, on se souviendra de discussions passionnées et passionnantes sur le rôle du sel et de la balance hydrique dans l’hypertension artérielle autour d’une fondue dans un chalet d’alpage. En tout temps, Lise savait s’émerveiller des lieux et apprécier l’environnement et l’atmosphère convivial de ces rencontres.
Lise Bankir laisse le souvenir d’une scientifique d’une rare indépendance d’esprit. Tous ceux qui l’ont côtoyée se souviennent de son franc-parler et de sa capacité à interroger sans concession les idées reçues. Ses interventions, souvent exigeantes, étaient toujours au service de la justesse scientifique. Avec la disparition de Lise Bankir, nous perdons une chercheuse d’une grande originalité intellectuelle, dont les travaux et les idées continueront d’alimenter la réflexion sur les mécanismes fondamentaux de la physiologie rénale.
Prof Dominique Guerrot, CHU de Rouen, France
Prof. Hon. Michel Burnier, Université de Lausanne, Suisse